Quelles spécificités du financement des ONG ?

Quelles spécificités du financement des ONG ?

14 septembre 2018 Non Par Martin Nera

Salut Timour,

L’autre jour, j’ai rencontré Fiona au coin de la rue de l’association dans le quartier des Libertés, plutôt amusant, non ? Là, Fiona m’a parlé de son parcours, de la manière dont elle a levé des fonds lorsqu’elle était ado pour agir contre les inégalités, de comment elle a découvert le monde des ONG et des organisations internationales et de son rêve pour M3M.

Un objectif global

Fiona, c’est quelqu’un de passionné qui est dans les assocs depuis qu’elle est ado. À 15 ans, elle s’engage dans le projet « Do It » de l’ONG Défi Belgique-Afrique (DBA). Le projet Do it lui permet de mieux comprendre les enjeux liés aux inégalités et surtout de se sentir valorisée, utile et active en tant que jeune.

Ce qui est intéressant, c’est que son récit montre que DBA a construit une importante base de jeunes volontaires bénévoles encadrés par des employés permanents. Pour se financer, une campagne de récolte de fonds est mise sur pied avec un objectif global. Chaque groupe de jeunes fixe lui-même sa part à récolter et décide de la manière dont il va procéder. Fiona m’a expliqué avec enthousiasme que c’est un vrai moment de créativité : vente d’objets, de bonbons, soutien des familles, parrainages, organisation de festivals ; chacun y va de ses forces pour atteindre collectivement l’objectif fixé.

Je trouve cette manière de lever fonds particulièrement chouette parce qu’elle laisse la place à chacun d’exprimer ses talents dans un but commun. Cerise sur le gâteau, les fonds récoltés financent non seulement les voyages des jeunes mais également des activités de soutien de l’agriculture familiales organisées par les organisations partenaires de DBA dans les pays du Sud.

Bien générer des ressources… et bien les utiliser

C’est lors de ses stages que Fiona se rend compte des particularités du financement des ONG : il est important d’en avoir le statut pour pouvoir demander des fonds aux bailleurs internationaux, mais également à l’État afin de mener des programmes de coopération.

(…) la durabilité financière d’une association se situe non seulement dans la manière dont elle génère les ressources dont elle a besoin, mais également dans la manière dont elle les utilise (…)

À son retour en Belgique, Fiona décide qu’elle ne voulait pas travailler dans les pays dits “du Sud” parce qu’elle a remarqué que les (jeunes) travailleurs locaux ont souvent eux-mêmes les compétences et l’expérience nécessaires pour relever les défis sur place et qu’elle n’a pas envie de prendre leur travail. Elle ne s’en sent pas légitime.

De plus, elle a pu voir que la dépense des fonds par les ONG européennes et leurs travailleurs sur place impacte aussi le développement des quartiers et des villes dans les pays bénéficiaires.

Cette idée que la durabilité financière d’une association se situe non seulement dans la manière dont elle génère les ressources dont elle a besoin, mais également dans la manière dont elle les utilise, est pour moi l’une des révélations de notre discussion.

Un modèle engagé

Aujourd’hui, c’est chez Viva Salud que Fiona déploie son énergie que rien n’arrête. Elle veut s’engager pour « créer un mouvement social afin de créer une démocratie réelle ».

Viva Salud, c’est une ONG active sur le droit à la santé dans les pays du Sud et en Belgique. Elle est financée principalement par des bailleurs de fonds publics ou par des dons de citoyens.

Fiona m’explique que l’ONG n’est pas toujours dans une position très confortable. En effet, comment créer un contre-pouvoir efficace alors que c’est souvent l’État qui lui octroie des ressources ? En effet, les programmes de financement liés aux politiques publiques prônées par le gouvernement en place sont souvent mieux financés que ceux qui sont plus indépendants ou critiques.

Si Fiona pouvait rêver d’un modèle socio-économique plus durable, il serait basé sur :

  • Une importante base de citoyens cotisant régulièrement afin de pouvoir se projeter à moyen et long terme ;
  • Un relais des plaidoyers et du soutien des actions menées par Viva Salud;
  • Une meilleure expression et une valorisation des réalités complexes auprès de son public cible sans les simplifier à l’extrême.

Le jeu de funambule des associations

Ce que ma rencontre avec Fiona a montré, c’est que le modèle socio-économique d’une association, c’est un équilibre à trouver entre :

  • La mission sociale à mettre en œuvre ;
  • Les besoins des bénéficiaires ;
  • La manière de fonctionner des personnes qui s’impliquent pour le faire ;
  • Les différentes ressources qui sont mises à disposition pour y arriver.

D’un côté, DBA peut compter sur une base de bénévoles motivés qui lèvent suffisamment de fonds pour financer leur voyage et les autres activités de l’association. De l’autre, Viva Salud compte sur des fonds publics pour mener ses actions notamment grâce à son statut d’ONG.

Chacune des associations a des besoins particuliers dont découlent de nombreuses questions et paradoxes :

  • Doit-on générer les fonds nous-mêmes ou demander des fonds à un bailleur comme l’état ou les fondations ?
  • Comment gérer la tension entre la nécessité de proposer des tâches motivantes à ses bénévoles et les exigences des bailleurs d’entrer dans un cadre administratif qui demande de plus en plus d’expertise ?
  • Quelle est la juste rémunération pour les permanents, alors même que l’objet d’une association est de répondre à un problème social souvent criant ou aux besoins de ses membres ?
  • Doit-on créer un rapport de force entre l’organisme financeur et l’association financée ? Le cas échéant, comment le gérer ? Quid de l’indépendance de cette dernière ?
  • Comment construire et réinventer un modèle socio-économique durable financièrement et résilient ?

Le récit de Fiona montre qu’en pratique, il existe autant de réponses à ces questions qu’il existe d’associations. Il montre aussi qu’il faut aller à la rencontre des associations et des personnes qui s’y engagent pour s’inspirer des idées et pratiques présentes.

Avec Projet-S, nous allons le faire des deux côtés de l’océan qui nous sépare. Au fil des articles de ce blog, nous avons l’intention de rencontrer autant d’associations canadiennes et belges que possible pour comprendre leurs manières de fonctionner et en témoigner. D’ailleurs Timour, si tu as des idées d’associations à aller rencontrer …